samedi 26 décembre 2015

Manaus et l'Amazonie

Après Belem, direction Manaus, l'Amazonie et ses 40 degrés bien tassés. Je dois rejoindre mon collègue Rafael à l'aéroport, puis nous devons aller ensemble chez un ami à lui, qui a une maison dans le coin. A l'aéroport, comme j'arrive avant Rafael, je l'attends en pianotant sur mon ordinateur... et je suis plutôt surpris en levant la tête de me trouver face à face avec le canon d'un fusil. Visiblement j'avais un comportement suspect et les trois vigiles du coin sont venus voir ce que je fabriquais... j'ai réussi à leur baragouiner en portugais que j'attendais un ami et ça leur a suffit puisqu'ils sont repartis aussitôt.

La maison dans laquelle nous avons habité durant notre séjour à Manaus est très très grande, située dans un quartier à l'écart du bruit et de la ville, avec une partie de la jungle comme jardin.







Et même en prime une petite vidéo pour se rendre compte de comment c’était grand.



Et ça c'est le "jardin". Enfin, la forêt... qui donnait directement dans le jardin.






Il y avait même des animaux de compagnie : une tortue, un gros berger allemand et un mini machin, un chiot Jack-Russel. La maison était habitée par quatre colocataires, Dalton, Sassi, Fumaça et Belo. La communication était parfois difficile car Dalton ne parlait pas anglais. Mais bon, on fait avec !

La grosse différence de Manaus avec Belem, c’est que la ville est plus riche. D’emblée en arrivant, j’ai vu que les rues étaient plus propres et qu’il y avait moins de deux-roues (même s’il y en a encore, hein, faut pas croire). La population est très typée indigène, et la plupart du temps lorsque je prenais le bus je me faisais remarquer (non seulement parce que je parlais anglais mais évidement parce que j’ai la peau très blanche, par rapport aux locaux). Un autre fait mettant en évidence la richesse plus importante de la ville : j’ai retrouvé des supermarchés. Des « vrais » supermarchés, avec du choix et des produits frais ainsi que des rayons surgelés. Ben croyez moi, ça fait bizarre après avoir vécu à Belem. Bon par contre, le sentiment de sécurité dans la rue était tout relatif… par exemple je n’ai jamais sorti mon ordinateur de la maison où on logeait, parce que se balader avec un sac à dos dans la rue, c’était un peu craignos.
Par la suite, la troisième personne composant notre équipe de recherche est arrivée. Il s’agit de Giulia, étudiante à l’équivalent de la licence en biologie, qui aide Rafael dans ses recherches. Les jours suivants, nous sommes allés travailler dans l’herbier de l’INPA (sigle qui veut dire Institut National de Recherche en Amazonie), qui regroupe différents laboratoires (écologie, botanique, etc). J’ai beaucoup travaillé sur les spécimens présents dans l’herbier. Puis vint le moment de partir sur le terrain. Rafael avait prévu d’aller échantillonner dans une réserve scientifique protégée ; avec mes histoires de visa, je ne savais pas si je pourrais y avoir accès… mais au final, aucun problème. Pour toutes les aventures scientifiques, vous pouvez voir les photos sur le blog Les Poissons n’Existent Pas.

Maintenant, je vais vous raconter l’envers du décor. Pour aller sur le terrain, on a pris un bus faisant la liaison directe entre l’INPA et la réserve. D’autres scientifiques y étaient aussi, pour aller étudier les insectes. Comme je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, dans le doute, j’ai pris beaucoup trop d’affaires (comme d’hab !). Heureusement, on a pu les laisser dans  notre baraquement, je n’avais donc pas a me les trimballer sur le dos toute la journée. Alors, comment c’est, un camp de base scientifique ? Déjà c’était génial, on avait l’eau courante pour prendre une douche, et des vraies toilettes. Pas de lit, en revanche, vu qu’on est dans l’Amazone et que tout le monde dort dans des hamacs. Évidement j’avais pris le mien, il est super léger (300g) et super pratique (avec moustiquaire intégrée). Tiens en parlant des moustiques, on n’en a pas vu ou presque. Et c’est tant mieux. Au campement, il y avait même un espace cuisine, en plein air mais avec un toit (donc on n’était pas mouillé par la pluie).

Le coin cuisine

Nous étions quatre à composer l’équipe : Gleison (le grimpeur, pour aller chercher les branches dans les arbres), Giulia, Rafael et moi. Très bonne équipe, bonne humeur, et surtout toujours envie d’apprendre de nouvelles choses. Je suis scotché par la forêt, elle est tellement belle. Les nuances de vert sont hallucinantes et on y retrouve des quantités d’animaux et de plantes tous plus étranges les uns que les autres. Le travail est assez fatiguant, mais j’aime bien marcher et ça fait du bien de ne plus entendre que le bruit de la nature, ça vrombit de partout, les oiseaux sont cachés dans les feuillages et ça sent… bah ça sent les plantes ! Le terrain n’a duré que trois jours, mais Rafael a réussi à collecter tout ce dont il avait besoin. En revanche, pour moi, rien du tout, puisque les plantes qui m’intéressent se trouvent en bordure de rivière et que là où nous étions, c’était plus enfoncé dans les terres. Après trois jours à crapahuter dans la forêt, nous voici revenu à la civilisation.

Gauche à droite : Gleisson, moi, Rafael, Giuillia





Pour la seconde expédition de terrain, Rafael s’organise… au jour le jour. Ainsi, nous sommes revenus de la forêt le mercredi soir (tard), puis nous sommes retournés à l’INPA le jeudi et le vendredi… alors que le terrain en bordure du fleuve devait se dérouler le samedi et le dimanche. Jusqu’au vendredi soir, nous ne savions pas où nous allions dormir, ni même où nous allions tout court… Mais bon, honnêtement, après être passé par Rio et Belem, je commençais à avoir l’habitude de l’organisation brésilienne, et c’est précisément à ce moment là que j’ai décidé d’arrêter de me stresser avec ces considérations d’emploi du temps. Rafael avait montré auparavant qu’il arrivait à s’en sortir très bien comme ça, eh bien soit, laissons faire les choses. Et effectivement, things happened ! comme on dirait en français. Tout vient à point pour qui sait attendre.
Et le samedi matin, paf ! On va sur le terrain. Alors, au départ, on devait être six : Rafael, Giulia, moi, Belo, Julia et Clara (deux amies de Rafael). Au final nous n’étions que cinq car Belo ne s’est pas réveillé… et c’est tant mieux puisque nous n’avions qu’une Clio pour tous nous emmener. Imaginez vous, une Clio, avec cinq passagers plus le matériel scientifique plus la bouffe pour deux jours plus quelques affaires personnelles (vêtements entre autres), ça donne une voiture chargée jusqu’à la gueule. Bref, nous voilà partis. La route se retrouve barrée à un moment par une quelconque manifestation culturelle (un concert ?) mais Julia baragouine avec le policier, montrant sa carte de recherche (alors que ça n’a aucune valeur juridique) et finalement on passe sans problème… c’est ça le Brésil, il suffit d’être un peu têtu. Nous arrivons au port pour prendre notre bateau, qui devait nous emmener sur le lieu de récolte. Bah oui, pour aller échantillonner le long du fleuve c’est mieux de le faire en bateau. Et alors là, accrochez vous. Le port en question… ben… il faut s’imaginer une terre rouge formant une espèce de crique, avec des monceaux de détritus un peu partout et de la boue. Quelques planches pour marcher là où la boue est vraiment trop profonde. Des gens partout, portant des caisses, des bagages, des sacs, qui sous le bras, qui sur la tête. Etant en savattes, je me dis « bon, c’est pas grave, tu regardes pas dans quoi tu marches et tu croises les doigts pour par t’ouvrir les orteils » et hop, je rejoins les autres qui se trouvent déjà sur le ponton flottant faisant office de dock d’embarquement. Une fois tout le monde à bord (c’est un petit bateau, une quinzaine de places assises), la traversée dure environ 20 à 30 minutes. On passe faire le plein dans une station service… au beau milieu du fleuve. C’est marrant, c’est comme sur les autoroutes… mais sur l’eau. Ensuite, on repart sur le fleuve. Tout se passe bien, puis soudainement, le bateau se rapproche de plus en plus de la rive… mais il n’y a que la plage a perte de vue. Je me dis « il va pas nous laisser la tout seul tout de même ? … ha bah si en fait » . Donc nous débarquons au milieu de nulle part, sur la plage le long du fleuve, dans la boue, les feuilles et les branches d’arbres. Mais bon, c’est l’aventure ! Le bateau repart loin. Et là tooouuuut au bout de la plage on voit un autre type arriver, il s’agit en fait de notre guide venu nous chercher pour nous amener à notre camp de base. Sur le chemin, sans prévenir, on s’arrête et tout le monde se met en maillot de bain et plonge dans la flotte. Ben, je fais comme tout le monde… et c’est vrai qu’elle est bonne ! En plus, pas de moustiques car l’eau est légèrement acide, ce qui empêche le développement des larves. Après cette courte baignade, retour à la terre ferme, et direction un autre bateau, qui nous amènera jusqu’à notre camp de base, qui s’avère en fait être une maison, avec une famille. Dans le genre reculé de la civilisation, je pense avoir difficilement vu plus isolé. Pas d’électricité (juste un groupe électrogène), pas d’eau courante (enfin, si, mais c’est de l’eau pompée dans le fleuve, donc juste bon pour la douche), pas de fenêtre… mais en fait, c’est très bien comme ça ! Parce que basiquement, l’électricité, on s’en fiche : il y en a un peu le soir pour rechercher les batteries des appareils, pour faire tourner le frigo, histoire de garder les aliments au frai ; l’eau courante, bah, c’est correct pour la douche et les toilettes, et il y a des réserves d’eau potable (ça, on y reviendra…), et les fenêtres pourquoi faire ? Il fait 40°C toute l’année !
La famille qui vit là est composée d’un couple, ayant une petite fille, et du grand père (enfin, ce que j’ai compris). Ils vivent principalement de la pêche qu’ils font dans le fleuve (jamais mangé du poisson aussi frais, péché le matin même, le midi dans l’assiette), plus des quelques courses qu’ils font lorsqu’ils vont en ville. Les déplacements se font exclusivement en bateau et surtout pendant la saison des pluies quand le fleuve est haut. Actuellement c’est la saison sèche.


Les explorateurs et la famille d'accueil





A la pêche du déjeuner...

La première journée de terrain se passe bien, c’est plus du « hop on, hop off » à partir du bateau, c'est-à-dire qu’on s’arrête quand on voit un truc cool, on prélève et on repart. On fini tout de même par trouver des plantes qui m’intéressent !!!




La seconde journée, eh bien, elle commence par une pluie monstrueuse, donc on reste à l’intérieur… puis on va se baigner puisqu’après tout, il n’y a pas grand-chose d’autre à faire ! La pluie s’en va vers midi. Nous mangeons puis allons explorer la jungle… le seul souci c’est que nous étions partis a la base pour rester aux abords du fleuve, donc maillot de bain et savates. Il s’avère qu’au final nous avons marché une bonne partie de l’après midi dans la jungle… c’était payant puisqu’on a encore trouvé une de mes espèces d’études, mais purée, j’en ai chié. Parce mes sandales ont rendu l’âme j’ai fini la traversée pieds nus… et pieds nus dans la jungle en maillot de bain, c’est pas le top. Entre les fourmis qui sont omniprésentes (donc qui te bouffent les orteils), les feuilles de palmier plein d’épines et autres joyeusetés, j’ai fini avec les jambes dans un sale état. Autant dire que le soir même j’étais content de rentrer !!! Mais en même temps, ça fait des histoires à raconter ! Puis c’était drôle (bon, pas sur le coup), on a même cru que le guide nous avait abandonné (en fait non il marchait juste très très vite). A un moment, il s’est mis à crier un truc, tout le monde s’est mis à courir, alors j’ai pas réfléchi, j’ai suivi. Dans ces cas là, on pose pas de questions, les questions ça vient après. En fait, il y avait un gros nid de guêpes (pis là, faut faire vraiment gaffe, elles sont très mauvaises surtout en essaims), on a dû faire un détour pour l’éviter.
Petite anecdote supplémentaire : le matin du second jour, je vais boire du café préparé par nos hôtes. Tiens, il a un drôle de goût… bah, c’est pas grave. Quelques temps après, je réalise que l’eau potable bue par la famille est en fait tirée du fleuve directement (donc pas potable du tout en fait) et que c’est pour ça que le café a un petit peu de mal à passer !!! La suite, c’est que j’ai traité mon eau avec des pastilles de chlore, oui, ça avait un sale goût mais au moins j’allais pas attraper une saloperie !
Finalement, on est rentré à Manaus tous entiers. Enfin, à peu près : le lendemain, Rafael a été tellement malade qu’il a dû aller à l’hôpital… Visiblement il avait mangé un truc pas cool. Mais il s’en est remis assez vite, et le lendemain ça n’y paraissait plus.
En tout cas, la maison dans laquelle on logeait était le théâtre de nombreuses fêtes et c’était bien marrant. Le dernier jour (ou juste avant je ne sais plus), il y avait une jam session avec beaucoup de musiciens. Difficile pour moi de suivre le rythme mais j’ai emprunté une flute traversière pis j’ai un peu joué… bon c’était pas facile, la flute était totalement désaccordée et la moitié des notes ne sortaient pas. Mais j’ai participé un peu !! Pis en musique on a pas besoin de causer alors c’était cool.
Vint le moment de repartir de Manaus, pour aller à Campinas, chez Rafael. L’avion était à 4h du matin, donc on a pris le taxi vers 2h du matin pour aller à l’aéroport… Rafael avait laissé son sécateur dans son bagage à main, forcément, ça ne passait pas en cabine, il a fallut qu’il laisse l’outil à la sécurité ! ensuite, nous avions un stop à Brasilia, puis un autre vol pour Campinas… quelle journée ! Et ensuite nous avons pris un taxi, puis un bus… Rafael habite à la périphérie de la ville et les routes ne sont pas goudronnées. En prenant le bus, j’ai eu plus de sensations que dans le Space Mountain d’Eurodisney… En arrivant, j’ai fait la sieste, puis la nuit suivante j’ai dormi 11h d’affilée… ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé.
La semaine qui a suivi, Rafael m’a montré l’université de Campinas et son labo. J’ai regardé deux ou trois trucs dans l’herbier, j’ai présenté un peu mes recherches à l’équipe. Puis, on a pris le bus longue distance pour aller à Botucatu, pour un congrès international sur les Légumineuses. J’ai rencontré plein de monde, d’autres chercheurs très renommés dans le domaine. C’était vraiment très intéressant, beaucoup de discussions scientifiques, avec des gens passionnés. C’était surtout important pour me faire connaitre en tant que doctorant (ma chef est très impliquée). Mais c'était aussi très éprouvant, j'ai peu dormi et peu mangé... alors au final j'étais bien content que le congrès se termine.

Ensuite, je suis parti à Feira de Santana... mais là, c'est tout un parcours du combatant. Il a fallut que je me lève vers 5h du matin, que je prenne un taxi (heureusment, Rafael en avait commandé un la veille), puis que j'achète un billet de bus à la gare routière pour retourner à Campinas... Après 3h de route (ou presque), j'ai repris un autre bus pour aller directement à l'aéroport. J'étais déjà pas mal fatigué, mais en plus, l'agent pour enregistrer mon bagage me faisait ch*** car celui ci était trop lourd... bref, une fois le bagage enregistré, j'ai pu aller prendre mon avion. Avec un arrêt de quelques heures à l'aéroport de Brasilia, puis un autre avion à prendre pour aller jusqu'à l'aéroport de Salvador de Bahia. Là, une voiture m'attendait, pour m'emmener jusqu'à Feira de Santana, ma destination finale. 

Petite anecdote : j'ai pris ce "taxi longue distance" avec une autre personne qui s'est avéré être un brésilien... francophone. N'ayant plus du tout l'habitude de parler en français et étant passablement fatigué, je n'arrivais plus à parler dans ma langue maternelle... j'avais le réflexe de parler en anglais !!

Au final, je suis bien arrivé à Feira de Santana vers 22h, où j'ai rencontré les deux personnes qui allaient être mes colocataires pendant le mois suivant : Christian et Cristiane. Mais ça, je raconterai la suite plus tard !

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