La maison dans laquelle nous avons habité durant notre séjour à Manaus est très très grande, située dans un quartier à l'écart du bruit et de la ville, avec une partie de la jungle comme jardin.
Et même en prime une petite vidéo pour se rendre compte de
comment c’était grand.
Et ça c'est le "jardin". Enfin, la forêt... qui donnait directement dans le jardin.
Il y avait même des animaux de compagnie : une tortue,
un gros berger allemand et un mini machin, un chiot Jack-Russel. La maison
était habitée par quatre colocataires, Dalton, Sassi, Fumaça et Belo. La
communication était parfois difficile car Dalton ne parlait pas anglais. Mais
bon, on fait avec !
La grosse différence de Manaus avec Belem, c’est que la
ville est plus riche. D’emblée en arrivant, j’ai vu que les rues étaient plus
propres et qu’il y avait moins de deux-roues (même s’il y en a
encore, hein, faut pas croire). La population est très typée indigène, et
la plupart du temps lorsque je prenais le bus je me faisais remarquer (non
seulement parce que je parlais anglais mais évidement parce que j’ai la peau
très blanche, par rapport aux locaux). Un autre fait mettant en évidence la
richesse plus importante de la ville : j’ai retrouvé des supermarchés. Des
« vrais » supermarchés, avec du choix et des produits frais ainsi que
des rayons surgelés. Ben croyez moi, ça fait bizarre après avoir vécu à Belem.
Bon par contre, le sentiment de sécurité dans la rue était tout relatif… par exemple
je n’ai jamais sorti mon ordinateur de la maison où on logeait, parce que se
balader avec un sac à dos dans la rue, c’était un peu craignos.
Par la suite, la troisième personne composant notre équipe
de recherche est arrivée. Il s’agit de Giulia, étudiante à l’équivalent de la
licence en biologie, qui aide Rafael dans ses recherches. Les jours suivants,
nous sommes allés travailler dans l’herbier de l’INPA (sigle qui veut dire
Institut National de Recherche en Amazonie), qui regroupe différents
laboratoires (écologie, botanique, etc). J’ai beaucoup travaillé sur les
spécimens présents dans l’herbier. Puis vint le moment de partir sur le
terrain. Rafael avait prévu d’aller échantillonner dans une réserve
scientifique protégée ; avec mes histoires de visa, je ne savais pas si je
pourrais y avoir accès… mais au final, aucun problème. Pour toutes les
aventures scientifiques, vous pouvez voir les photos sur le blog Les Poissons n’Existent Pas.
Maintenant, je vais vous raconter l’envers du décor. Pour
aller sur le terrain, on a pris un bus faisant la liaison directe entre l’INPA
et la réserve. D’autres scientifiques y étaient aussi, pour aller étudier les
insectes. Comme je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, dans le doute,
j’ai pris beaucoup trop d’affaires (comme d’hab !). Heureusement, on a pu
les laisser dans notre baraquement, je
n’avais donc pas a me les trimballer sur le dos toute la journée. Alors,
comment c’est, un camp de base scientifique ? Déjà c’était génial, on
avait l’eau courante pour prendre une douche, et des vraies toilettes. Pas de
lit, en revanche, vu qu’on est dans l’Amazone et que tout le monde dort dans
des hamacs. Évidement j’avais pris le mien, il est super léger (300g) et super
pratique (avec moustiquaire intégrée). Tiens en parlant des moustiques, on n’en
a pas vu ou presque. Et c’est tant mieux. Au campement, il y avait même un
espace cuisine, en plein air mais avec un toit (donc on n’était pas mouillé par
la pluie).
| Le coin cuisine |
Nous étions quatre à composer l’équipe : Gleison (le
grimpeur, pour aller chercher les branches dans les arbres), Giulia, Rafael et
moi. Très bonne équipe, bonne humeur, et surtout toujours envie d’apprendre de
nouvelles choses. Je suis scotché par la forêt, elle est tellement belle. Les
nuances de vert sont hallucinantes et on y retrouve des quantités d’animaux et
de plantes tous plus étranges les uns que les autres. Le travail est assez
fatiguant, mais j’aime bien marcher et ça fait du bien de ne plus entendre que
le bruit de la nature, ça vrombit de partout, les oiseaux sont cachés dans les
feuillages et ça sent… bah ça sent les plantes ! Le terrain n’a duré que
trois jours, mais Rafael a réussi à collecter tout ce dont il avait besoin. En
revanche, pour moi, rien du tout, puisque les plantes qui m’intéressent se
trouvent en bordure de rivière et que là où nous étions, c’était plus enfoncé
dans les terres. Après trois jours à crapahuter dans la forêt, nous voici
revenu à la civilisation.
| Gauche à droite : Gleisson, moi, Rafael, Giuillia |
Pour la seconde expédition de terrain, Rafael s’organise… au
jour le jour. Ainsi, nous sommes revenus de la forêt le mercredi soir (tard),
puis nous sommes retournés à l’INPA le jeudi et le vendredi… alors que le
terrain en bordure du fleuve devait se dérouler le samedi et le dimanche.
Jusqu’au vendredi soir, nous ne savions pas où nous allions dormir, ni même où
nous allions tout court… Mais bon, honnêtement, après être passé par Rio et
Belem, je commençais à avoir l’habitude de l’organisation brésilienne, et c’est
précisément à ce moment là que j’ai décidé d’arrêter de me stresser avec ces
considérations d’emploi du temps. Rafael avait montré auparavant qu’il arrivait
à s’en sortir très bien comme ça, eh bien soit, laissons faire les choses. Et
effectivement, things happened !
comme on dirait en français. Tout vient à point pour qui sait attendre.
Et le samedi matin, paf ! On va sur le terrain. Alors,
au départ, on devait être six : Rafael, Giulia, moi, Belo, Julia et Clara
(deux amies de Rafael). Au final nous n’étions que cinq car Belo ne s’est pas
réveillé… et c’est tant mieux puisque nous n’avions qu’une Clio pour tous nous
emmener. Imaginez vous, une Clio, avec cinq passagers plus le matériel
scientifique plus la bouffe pour deux jours plus quelques affaires personnelles
(vêtements entre autres), ça donne une voiture chargée jusqu’à la gueule. Bref,
nous voilà partis. La route se retrouve barrée à un moment par une quelconque
manifestation culturelle (un concert ?) mais Julia baragouine avec le
policier, montrant sa carte de recherche (alors que ça n’a aucune valeur
juridique) et finalement on passe sans problème… c’est ça le Brésil, il suffit
d’être un peu têtu. Nous arrivons au port pour prendre notre bateau, qui devait
nous emmener sur le lieu de récolte. Bah oui, pour aller échantillonner le long
du fleuve c’est mieux de le faire en bateau. Et alors là, accrochez vous. Le
port en question… ben… il faut s’imaginer une terre rouge formant une espèce de
crique, avec des monceaux de détritus un peu partout et de la boue. Quelques
planches pour marcher là où la boue est vraiment trop profonde. Des gens
partout, portant des caisses, des bagages, des sacs, qui sous le bras, qui sur
la tête. Etant en savattes, je me dis « bon, c’est pas grave, tu regardes
pas dans quoi tu marches et tu croises les doigts pour par t’ouvrir les
orteils » et hop, je rejoins les autres qui se trouvent déjà sur le ponton
flottant faisant office de dock d’embarquement. Une fois tout le monde à bord
(c’est un petit bateau, une quinzaine de places assises), la traversée dure
environ 20 à 30 minutes. On passe faire le plein dans une station service… au
beau milieu du fleuve. C’est marrant, c’est comme sur les autoroutes… mais sur
l’eau. Ensuite, on repart sur le fleuve. Tout se passe bien, puis soudainement,
le bateau se rapproche de plus en plus de la rive… mais il n’y a que la plage a
perte de vue. Je me dis « il va pas nous laisser la tout seul tout de
même ? … ha bah si en fait » . Donc nous débarquons au milieu de
nulle part, sur la plage le long du fleuve, dans la boue, les feuilles et les
branches d’arbres. Mais bon, c’est l’aventure ! Le bateau repart loin. Et
là tooouuuut au bout de la plage on voit un autre type arriver, il s’agit en
fait de notre guide venu nous chercher pour nous amener à notre camp de base.
Sur le chemin, sans prévenir, on s’arrête et tout le monde se met en maillot de
bain et plonge dans la flotte. Ben, je fais comme tout le monde… et c’est vrai
qu’elle est bonne ! En plus, pas de moustiques car l’eau est légèrement
acide, ce qui empêche le développement des larves. Après cette courte baignade,
retour à la terre ferme, et direction un autre bateau, qui nous amènera jusqu’à
notre camp de base, qui s’avère en fait être une maison, avec une famille. Dans
le genre reculé de la civilisation, je pense avoir difficilement vu plus isolé.
Pas d’électricité (juste un groupe électrogène), pas d’eau courante (enfin, si,
mais c’est de l’eau pompée dans le fleuve, donc juste bon pour la douche), pas
de fenêtre… mais en fait, c’est très bien comme ça ! Parce que basiquement,
l’électricité, on s’en fiche : il y en a un peu le soir pour rechercher
les batteries des appareils, pour faire tourner le frigo, histoire de garder
les aliments au frai ; l’eau courante, bah, c’est correct pour la douche
et les toilettes, et il y a des réserves d’eau potable (ça, on y reviendra…),
et les fenêtres pourquoi faire ? Il fait 40°C toute l’année !
La famille qui vit là est composée d’un couple, ayant une
petite fille, et du grand père (enfin, ce que j’ai compris). Ils vivent
principalement de la pêche qu’ils font dans le fleuve (jamais mangé du poisson
aussi frais, péché le matin même, le midi dans l’assiette), plus des quelques
courses qu’ils font lorsqu’ils vont en ville. Les déplacements se font
exclusivement en bateau et surtout pendant la saison des pluies quand le fleuve
est haut. Actuellement c’est la saison sèche.
| Les explorateurs et la famille d'accueil |
| A la pêche du déjeuner... |
La première journée de terrain se passe bien, c’est plus du
« hop on, hop off » à partir du bateau, c'est-à-dire qu’on s’arrête
quand on voit un truc cool, on prélève et on repart. On fini tout de même par
trouver des plantes qui m’intéressent !!!
La seconde journée, eh bien, elle commence par une pluie
monstrueuse, donc on reste à l’intérieur… puis on va se baigner puisqu’après tout,
il n’y a pas grand-chose d’autre à faire ! La pluie s’en va vers midi.
Nous mangeons puis allons explorer la jungle… le seul souci c’est que nous
étions partis a la base pour rester aux abords du fleuve, donc maillot de bain
et savates. Il s’avère qu’au final nous avons marché une bonne partie de
l’après midi dans la jungle… c’était payant puisqu’on a encore trouvé une de
mes espèces d’études, mais purée, j’en ai chié. Parce mes sandales ont rendu
l’âme j’ai fini la traversée pieds nus… et pieds nus dans la jungle en maillot
de bain, c’est pas le top. Entre les fourmis qui sont omniprésentes (donc qui
te bouffent les orteils), les feuilles de palmier plein d’épines et autres
joyeusetés, j’ai fini avec les jambes dans un sale état. Autant dire que le soir
même j’étais content de rentrer !!! Mais en même temps, ça fait des
histoires à raconter ! Puis c’était drôle (bon, pas sur le coup), on a
même cru que le guide nous avait abandonné (en fait non il marchait juste très
très vite). A un moment, il s’est mis à crier un truc, tout le monde s’est mis
à courir, alors j’ai pas réfléchi, j’ai suivi. Dans ces cas là, on pose pas de
questions, les questions ça vient après. En fait, il y avait un gros nid de
guêpes (pis là, faut faire vraiment gaffe, elles sont très mauvaises surtout en
essaims), on a dû faire un détour pour l’éviter.
Petite anecdote supplémentaire : le matin du second
jour, je vais boire du café préparé par nos hôtes. Tiens, il a un drôle de
goût… bah, c’est pas grave. Quelques temps après, je réalise que l’eau potable
bue par la famille est en fait tirée du fleuve directement (donc pas potable du
tout en fait) et que c’est pour ça que le café a un petit peu de mal à
passer !!! La suite, c’est que j’ai traité mon eau avec des pastilles de
chlore, oui, ça avait un sale goût mais au moins j’allais pas attraper une
saloperie !
Finalement, on est rentré à Manaus tous entiers. Enfin, à
peu près : le lendemain, Rafael a été tellement malade qu’il a dû aller à
l’hôpital… Visiblement il avait mangé un truc pas cool. Mais il s’en est remis
assez vite, et le lendemain ça n’y paraissait plus.
En tout cas, la maison dans laquelle on logeait était le
théâtre de nombreuses fêtes et c’était bien marrant. Le dernier jour (ou juste
avant je ne sais plus), il y avait une jam session avec beaucoup de musiciens.
Difficile pour moi de suivre le rythme mais j’ai emprunté une flute traversière
pis j’ai un peu joué… bon c’était pas facile, la flute était totalement
désaccordée et la moitié des notes ne sortaient pas. Mais j’ai participé un
peu !! Pis en musique on a pas besoin de causer alors c’était cool.
Vint le moment de repartir de Manaus, pour aller à Campinas,
chez Rafael. L’avion était à 4h du matin, donc on a pris le taxi vers 2h du
matin pour aller à l’aéroport… Rafael avait laissé son sécateur dans son bagage
à main, forcément, ça ne passait pas en cabine, il a fallut qu’il laisse
l’outil à la sécurité ! ensuite, nous avions un stop à Brasilia, puis un
autre vol pour Campinas… quelle journée ! Et ensuite nous avons pris un
taxi, puis un bus… Rafael habite à la périphérie de la ville et les routes ne
sont pas goudronnées. En prenant le bus, j’ai eu plus de sensations que dans le
Space Mountain d’Eurodisney… En arrivant, j’ai fait la sieste, puis la nuit
suivante j’ai dormi 11h d’affilée… ça faisait longtemps que ça ne m’était pas
arrivé.
La semaine qui a suivi, Rafael m’a montré l’université de
Campinas et son labo. J’ai regardé deux ou trois trucs dans l’herbier, j’ai
présenté un peu mes recherches à l’équipe. Puis, on a pris le bus longue
distance pour aller à Botucatu, pour un congrès international sur les
Légumineuses. J’ai rencontré plein de monde, d’autres chercheurs très renommés
dans le domaine. C’était vraiment très intéressant, beaucoup de discussions
scientifiques, avec des gens passionnés. C’était surtout important pour me
faire connaitre en tant que doctorant (ma chef est très impliquée). Mais c'était aussi très éprouvant, j'ai peu dormi et peu mangé... alors au final j'étais bien content que le congrès se termine.
Ensuite, je suis parti à Feira de Santana... mais là, c'est tout un parcours du combatant. Il a fallut que je me lève vers 5h du matin, que je prenne un taxi (heureusment, Rafael en avait commandé un la veille), puis que j'achète un billet de bus à la gare routière pour retourner à Campinas... Après 3h de route (ou presque), j'ai repris un autre bus pour aller directement à l'aéroport. J'étais déjà pas mal fatigué, mais en plus, l'agent pour enregistrer mon bagage me faisait ch*** car celui ci était trop lourd... bref, une fois le bagage enregistré, j'ai pu aller prendre mon avion. Avec un arrêt de quelques heures à l'aéroport de Brasilia, puis un autre avion à prendre pour aller jusqu'à l'aéroport de Salvador de Bahia. Là, une voiture m'attendait, pour m'emmener jusqu'à Feira de Santana, ma destination finale.
Petite anecdote : j'ai pris ce "taxi longue distance" avec une autre personne qui s'est avéré être un brésilien... francophone. N'ayant plus du tout l'habitude de parler en français et étant passablement fatigué, je n'arrivais plus à parler dans ma langue maternelle... j'avais le réflexe de parler en anglais !!
Au final, je suis bien arrivé à Feira de Santana vers 22h, où j'ai rencontré les deux personnes qui allaient être mes colocataires pendant le mois suivant : Christian et Cristiane. Mais ça, je raconterai la suite plus tard !

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Salut ! Tu peux laisser un commentaire ici si tu veux, c'est fait pour ça !